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06.02.2007

Les visiteurs de Cherbourg

On connaît les parapluies de Cherbourg, on a entendu parler de ses vedettes, de son arsenal, de l’usine atomique toute proche et de la cité de la mer. On connaît moins ses visiteurs célèbres.

 

Ville frontière et port abrité, Cherbourg a une très longue histoire qui se confond avec celle de la France. Elle a été l’une des places les plus fortes de l’Europe et elle a soutenu les plus longs sièges par la seule valeur de ses citoyens. Investie à plusieurs reprises par les Anglais, frappée par la peste, elle ne s’est jamais laissée dominer. Sa position géographique face à l’Angleterre et sa rade facile à protéger la prédestinaient à devenir une base maritime de premier plan.
Mais il fallut attendre la fin du XVIII° siècle et la volonté d’un roi pour que de gigantesques travaux soient entrepris et fassent de Cherbourg le grand port de guerre qu’il est devenu sur la Manche, à l’extrême pointe du Cotentin. Désormais, les visites de personnalités vont se succéder, plus nombreuses qu’à Brest ou qu’à Toulon.

Le premier visiteur célèbre fut Louis XVI en personne. Il arriva à Cherbourg le 22 juin 1786 et y fut reçu pendant deux jours au milieu de la liesse populaire. Il inspecta les travaux de construction de la grande digue et assista à un exercice de combat naval au large. Dans le programme des festivités qu’on lui réservait figurait l’embrasement d’un navire. Il s’y refusa, préférant laisser aux pauvres le fruit de la vente de ce bois. Trois ans plus tard, l’histoire ne dit pas si le souvenir ému des louanges populaires soutint le roi dans la tourmente qui allait l’emporter.
Cherbourg est en tout cas l’une des rares villes de France à posséder aujourd’hui une rue Louis XVI.

L’empereur Napoléon Ier et l’impératrice Marie-Louise arrivèrent à Cherbourg le 26 mai 1811. Cette année-là, l’étendue des frontières de l’Empire donnait la mesure de la puissance de la France. C’est donc au sommet de sa gloire que Napoléon va arpenter pendant quatre jours l’arsenal, les forts, les digues et plusieurs vaisseaux, de la cale au pont. Le tonnerre des bouches à feu qui saluèrent l’empereur ne laissèrent pas penser qu’il s’agissait d’un colosse aux pieds d’argile.
Une statue équestre de Napoléon domine toujours l’ancienne plage de Cherbourg. Les Allemands n’y ont pas touché durant l’Occupation.

Le Président Félix Faure vint accueillir le tsar Nicolas II à Cherbourg le 5 octobre 1896. La tempête se déchaîna sur la ville et les parapluies étaient de rigueur. Malmené par les vagues, le canot impérial eut bien du mal à accoster. Des feux de Bengale embrasèrent la montagne du Roule, des feux d’artifice furent tirés des jetées, les faisceaux des projecteurs de tous les navires en rade des escadres russes et françaises balayèrent le ciel sombre. Le spectacle fut extraordinaire.
Aujourd’hui encore, deux rues parallèles et voisines rappellent cet évènement : la rue de France et la rue de Russie.

Des activités civiles ont succédé aux activités militaires, mais l’image nationale aussi bien qu’internationale de la ville a continué de s’affirmer. Passerelle des nations au temps des rois, des empereurs et des tsars, Cherbourg pourrait redevenir le port d’accueil de la nouvelle Europe. En attendant, venez donc visiter la ville : la rade est grandiose, les habitants modestes et les rues pittoresques.

Mathias Guise

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